La marmite politique

-ils qui ne voient en elle qu’une occasion pour satisfaire leurs ambitions personnelles, pour s’enrichir et se glorifier ou pour s’assurer que leurs «affaires» florissent ? Ils sont peu nombreux csacerdoce où les principes et les valeurs morales règnent du matin au soir. eux pour qui la politique reste avant tout une mission, un Pour la grande majorité, la politique n’est qu’un vaste champ d’opportunités qu’il faut savoir exploiter. Tous les moyens sont bons et toutes les ruses sont permises. Pour eux, le succès revient à ceux qui réussissent à accumuler  les plus gros bénéfices – du point de vue matériel et personnel bien sûr! L’image de la marmite est très apte car c’est bien dans ce genre d’ustensiles que les grands sorciers de nos jours peuvent nous concocter les plus bizarres et indigestes des potions jamais connues. Le langage de certains politiciens change avec une telle rapidité que  même leurs plus chauds et serviles partisans éprouvent de la peine à s’en expliquer la teneur. Que des acrobaties ne seront-elles pas nécessaires pour aller convaincre la base et le peuple de la justesse de la nouvelle option en gestation dans la tête du leader «Maximo» ! Que de mensonges il faudra encore débiter ! Que des arguments fallacieux faudra-t-il utiliser en prenant la posture parfaite du parfait hypocrite!

C’est pour cette raison que la grande majorité des honnêtes hommes refusent de plonger dans une telle marmite et que ceux qui ont de l’amour propre et du courage n’hésitent pas à tout plaquer et laisser le chef cuisiner jongler seul avec ses multiples recettes de rougailles. Ils sont peu nombreux cependant à qui le Seigneur fait grâce de Sa faveur en les enlevant de la marmite avant même la cuisson. Les âmes nobles et bien nées ne sont pas faites pour être des ingrédients de mauvais plats. Tout n’est pas possible en politique. Mais seuls les hommes de principe reconnaissent cela. Pour le reste c’est une valse éternelle au son des cacophonies où les changements de partenaires se font au rythme des caprices. Les hypocrites ont toujours peur de parler un langage clair. Ils masquent leurs intentions et ont recours à des sollicitations codées. Pourtant, le langage de la vérité n’est pas aussi compliqué que ça ! Et voici la vérité:

1. Le gouvernement en place a été élu démocratiquement et c’est à lui qu’incombe la responsabilité de diriger le pays. Il possède une équipe qu’il aura choisie en toute connaissance de cause et il est normal qu’il exploite tous les moyens et utilise toutes les ressources disponibles pour résoudre les problèmes en phase avec l’opinion majoritaire. S’il prend de risques calculés dans le cadre d’une stratégie à long terme, il faut lui laisser la liberté de ses options tout en disant notre désaccord si nous avons de raisons plausibles. Si le devoir d’un gouvernement est de gouverner un pays dans l’équité et la justice, le devoir de l’opposition est de dénoncer chaque manquement à ces règles et de proposer des mesures alternatives pour résoudre les problèmes qui font souffrir le peuple et ternissent l’image du pays. Ce n’est pas la démagogie de la rue mais la mise-en-garde au sein du Parlement qui sied le mieux à une opposition sérieuse et responsable. Mais dans aucune démocratie au monde, il n’a été possible de jeter par-dessus bord la démagogie car dans certaines circonstances, elle s’avère être l’outil idéal pour marquer des points sur l’adversaire. Ça fait partie du système et c’est de bonne guerre. Mais comme dans tous les cas, il ne faut pas en abuser et pousser le jeu à l’extrême limite. Il risquera d’exploser en plein visage du joueur et de se retourner contre lui-même. Si le gouvernement fait bien, corrige ses erreurs et décide de calibrer les mesures importantes avec la volonté de la majorité, il va certainement récolter les fruits de ce genre de «bonne gouvernance». Le contraire lui coûtera cher et risque d’être fatal au moment crucial. L’insouciance, l’arrogance, l’incompétence, l’obstination, le refus de suivre les bons conseils, la soumission aux flatteurs, le manque d’humilité, de consultations et de proximité – voilà les principales causes qui expliquent la colère d’un peuple. Parce que dans de telles circonstances, les véritables fléaux, les racines de tous les maux ne sont pas maîtrisés à temps et les problèmes «go out of control». La corruption disparaît; le népotisme, le fanatisme, le communalisme s’intensifient; l’esprit de clan se renforce, la solidarité vole en éclats et il n’existe plus de gouvernement national mais des castes, des tribus, des ethnies, des clans… c’est le désastre. La volonté d’adaptation et d’amélioration constantes contient en elle le secret de la réussite. Ceux qui refusent de s’améliorer et prennent toutes les opinions de désaccord pour des critiques et d’attaques même si elles sont totalement justifiées dans les faits, sont coupés des réalités. Si certains au sein d’un gouvernement font accumuler des «negative points» à l’ensemble de l’équipe c’est les innocents qui paieront les pots cassés. On n’a qu’à écouter la voix de ses propres partisans «honnêtes et sincères» pour connaître la vérité!

Tout gouvernement qui se respecte a raison de ne pas céder au chantage et des pressions concernant des revendications qui sont difficiles à justifier aux yeux d’un public neutre. La politisation à outrance de certains sujets fait beaucoup plus de tort à la cause principale au lieu de faciliter les demandes. Mais il n’y a pas que des complaintes injustes. Le peuple lui se plaint de difficultés réelles et de souffrance palpable. La corruption, l’insécurité, les extravagances et les gaspillages provenant d’une mal-administration chronique des nombreux corps para-étatiques, des nominations et des rémunérations mirobolantes, des institutions qui coûtent des millions à opérer mais dont les résultats sont plus que décevant, un nombre infini de conseillers ne servant pas à grand-chose, des scandales et fraudes qui restent non-élucidés alors que les prix montent et le pouvoir d’achats baisse, toutes ces choses-là ne nécessitent pas de budget additionnel pour être résolues. Ce n’est pas de l’argent mais de la volonté et de vision dont on a besoin et aucune excuse ne sera valable si ces problèmes ne sont pas réglés à temps. On ne peut ni blâmer la démagogie des rues ou l’opposition viscérale pour ce genre d’échec. Comme tous les régimes qui sont passés par là, celui qui est en place aujourd’hui doit faire le même choix: soit gouverner selon la volonté de la grande majorité de la population sans parti-pris et dans l’intérêt de l’ensemble de la nation, soit se cantonner dans des décisions dictées par des groupes économiques puissants ou des clans sectaires sous prétexte que la «globalisation» ne permet pas d’autres options. Un gouvernement qui se respecte ne doit jamais devenir l’otage d’une institution, d’un groupe ou d’un individu. Nul n’est indispensable. C’est pour cette raison qu’il faut avoir l’esprit toujours ouvert et faire de choix judicieux à chaque étape de la vie!

2. Dans une vraie démocratie, une opposition divisée et faible n’est pas nécessairement bénéfique à un gouvernement sérieux. Un bon chien de garde qui jouerait bien son rôle aiderait le régime en place à éviter bien des problèmes émanant d’un excès de confiance et de l’abus du pouvoir. Les erreurs seraient vite corrigées, on aurait rectifié le tir au nom du pragmatisme et l’interaction entre les deux forces parlementaires servirait de la meilleure des garanties au peuple pour ne pas perdre confiance dans le système et le pays. La réalité constante de l’alternance empêche la population de sombrer dans le désespoir et la désillusion, la racine de tous les fléaux. Cela aurait dû suffire comme raison pour que les deux grands partis de l’opposition qui ont déjà travaillé ensemble unissent leurs forces dans un front solide et efficace. Aucun parti ne peut remporter seul les élections dans ce pays. Par contre, les deux grands partis pourraient à la rigueur briguer les suffrages séparément et décider ensuite à la lumière de leur performance de la marche à suivre. Des alliances post-électorales sont toujours possibles si jamais aucun arrangement n’ait pu aboutir avant le scrutin. Et précisément, c’est là qu’on est en droit de se poser certaines questions. Pourquoi ce qui est possible après ne soit pas acceptable avant? Par respect  pour le peuple, il est important de ne pas trop vouloir inventer des prétextes. Comme pour le gouvernement, la population a les mêmes droits sur l’opposition. Celle-ci lui doit la vérité et elle ne peut en aucun cas traiter le peuple comme des imbéciles. Car tout le monde sait que l’opposition unifiée incarne l’espoir et que la meilleure alliance est celle qui regroupe des partis qui ont des affinités et d’expérience commune. La vérité est donc simple : c’est par caprice et orgueil que certains empêchent l’aboutissement de cette union. Si d’une part, il y a une modestie indéniable, de l’autre côté, c’est par le mépris et l’arrogance qu’on choisit de répondre. Et en plus on jongle avec d’autres chimères!   

3. Tous ces faits sont confirmés par la posture de l’électorat musulman. Après avoir accordé son appui à l’Alliance Sociale dans une proportion substantielle, il se montre maintenant très réservé par rapport à certaines façons de faire. Un sondage cite le chiffre de 77% comme étant «déçu et désillusionné» par la performance du gouvernement mais rien n’indique qu’il se retourne dans la même proportion dans l’autre direction. La vérité, c’est que la grande majorité des musulmans a compris qu’il ne sert à rien de rester collé à tel ou tel parti même si leur support peut être obtenu par l’un ou l’autre. Il y a une grande volonté de s’affirmer en tant qu’une entité; les musulmans n’hésitent plus à assumer leur identité allant même jusqu’à inventer un nouveau slogan : «Muslim first». La formule idéale pour les musulmans serait plutôt la constitution d’une force politique commune agissant comme le moteur propulseur et comme un générateur en permanence. Au bout de sept années de sensibilisation auprès des musulmans sur la nécessité de cette plateforme, le présent groupe de réflexion pense que la communauté commence à réaliser l’essentiel: «Personne ne servira l’intérêt des musulmans mieux qu’eux-mêmes». Cela ne veut pas dire qu’il faut créer un parti politique musulman faisant bande à part. Ce qu’il faut c’est la mise-en-place d’un réseau de consultations permanents dont l’aboutissement sera la force cruciale.  Pendant trop longtemps, les musulmans se sont comportés comme si c’est eux qui ont besoin des autres; maintenant ils réalisent qu’en réalité c’est les autres qui ont besoin d’eux. Et cela change tout. Désormais, on s’entendra dire par les autres : «Nous avons tous besoins des uns des autres». Cela constituera déjà un grand progrès ! En réalité, les musulmans n’ont jamais exigé ce qu’ils ne méritent pas. Mais pour que l’entente et le partage soient effectifs, il faut que les paroles soient traduites en actes. Peu importe le parti ou l’alliance, le fait est que les promesses et les engagements doivent être respectés. Et la seule garantie pour s’en assurer c’est la nouvelle formule. La force d’un électorat constitue son assurance la plus sûre. Pour ceux qui veulent à tout prix récupérer l’électorat musulman, le message est donc clair : «les musulmans décideront à la lumière des faits dans quelle direction ils doivent aller et ceux qui n’ont pas de principes feraient mieux de ne même pas les aborder».

Le libéralisme économique n’est pas une idéologie. Il a été inventé pour camoufler le capitalisme devenu répugnant à cause de ses méfais à l’ensemble des peuples défavorisés. L’exploitation constitue toujours le pivot central du système libéral qui joue nettement en faveur des pays riches. Les économies émergeantes qui associent leur croissance à la libéralisation sont en train de semer les mêmes germes de disparités sociales et de la pauvreté dont le système capitaliste est notoirement responsable. A Maurice, qui vit sous le règne des consultants, les tenants du capitalisme ont déjà crée une psychose : «il n’y a pas d’autres options que le libéralisme économique». Les social-démocrates ou penseurs de gauche du passé sont aujourd’hui installés dans les mêmes sièges des grands patrons et autres PDG’s qui étaient jadis les cibles de leur colère. Ils sont devenus les plus grands propagandistes du système capitaliste sauf que pour eux c’est d’un «nouveau système» qu’ils parlent, alors que dans les faits «l’exploitation» n’a fait qu’empirer. En l’absence d’une vision alternative «honnête et sincère» où les intérêts des uns et des autres sont équitablement servis, il est difficile pour les hommes de principe de se lier de manière définitive avec tel ou tel parti. Cela s’applique aussi à l’électorat musulman dont les enseignements et les sensibilités le rendent totalement allergique à toutes formes d’injustice et d’exploitation. La «nouvelle vision» déterminera son allégeance.

La «marmite politique» est toujours en ébullition. De nouveaux cuisiniers sont recrutés de part et d’autre pour mijoter de nouvelles recettes avec les mêmes ingrédients. Seuls les noms des plats changent. C’est un jeu auquel les âmes nobles et les esprits éclairés ne peuvent jamais se joindre ou, s’ils étaient déjà dans les cuisines, n’hésiteraient pas à faire changer le menu et prévenir les clients. Les hommes honnêtes et intègres dénonceront toujours les stratagèmes des hypocrites. C’est à l’image du bon cardiologue qui n’attend pas que les gens se bouchent les artères en pratiquant un mauvais mode de vie pour qu’il se fasse de l’argent à leur dépens éventuellement sur les tables d’opération; le bon cardiologue se dévoue à leur montrer comment vivre et quoi manger pour qu’ils ne deviennent pas tous des «heart patients» éventuellement. Autant qu’il se dévoue à sauver les victimes autant il s’efforce à empêcher les gens de devenir des victimes. Ce genre d’altruisme est très rare par le temps qui court. En politique, on le voit encore moins.

Voilà pourquoi les musulmans ont raison de se tenir à distance égale de tous les partis. Au moment venu, à la lumière d’une évaluation honnête et objective, ils seront libres de décider de la marche à suivre en toute sérénité et avec honneur et dignité.

Ça aussi c’est une vérité!

 

Al Haq [Groupe Réflexion Indépendant]

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