Et la vie continue…

Hommage à Oomar Uteem

Mercredi 7 mars 2007. On venait de terminer la Salaat-ul-Fajr à la mosquée du coin. Raouf, un des mussallis m’annonça une nouvelle.

- Ki ou gagné ? Non, pa li, kitfois…, lui dis-je.

- Non, doktère mem. Gran matin fine gagne telephone, me répondit-il.

Un jeune mussalli qui peut-être a suivi la conversation eut une réaction instantanée.

- Sa l’âge là, dimoune pa mort, pa kapav…

Un troisième, âgé, mit fin à ce petit dialogue.

- Zindagi ek maut pa dan nou la main. Allah ki décidé.

La vie et la mort ici-bas restent le pouvoir discrétionnaire de notre Rab, notre Créateur, l’Unique Dieu. La mort ne se fait pas attendre. Ni renvoi. L’Ange de la mort exécute l’ordre Divin dès que ceci lui est parvenu. Tel bébé. Tel enfant. Tel adolescent. Tel adulte. Telle créature. Tous doivent passer par là. Quitter ce monde, éphémère pour l’au-delà où existe la vie réelle. C’est ce qui est arrivé au jeune Mauricien, Dr Oomar Uteem aux petites heures du matin de ce mercredi fatidique du 7 mars 2007.

Dr Oomar Uteem, cardiologue de réputation nationale, régionale et même internationale qui a sauvé tant de malades, qui a soigné tant de personnes, qui a connu un fort nombre de patients aux hôpitaux publics et en privé, n’a pas pu se faire soigner alors qu’il était terrassé de douleur chez son oncle maternel, le Dr Rashid Jahangeer. En toute âme et conscience, Dr Oomar Uteem a quitté ce monde. «I am going now », aurait-il laissé échapper dans ses derniers moments. Il récitait même son Kalimah. Il invoquait le Pardon d’Allah. Il demandait la protection Divine pour sa famille. Tranquillement il s’est éteint.

Une foule immense était à la mosquée de Riche Terre où la Salaat-ul-Janaza fut lue par l’imam Rashid Kazi après la Salaat-ul-Magrib. Dr Oomar fut mis en terre au cimetière d’à côté. Dans l’assistance, Rayhan, le fils du défunt, 7 ans, solidement protégé par le dada, Cassam Uteem, et d’autres membres de la famille. On a beaucoup écrit sur le docteur. A la radio, les mots ne manquaient pas. On peut faire une belle collection d’un bouquin avec les paroles élogieuses, les réflexions, les déclarations qui ont suivi ce décès. Pour moi, un mot suffi : un modèle. Un garçon modèle, comme l’a si bien dit sur les antennes d’une radio privée l’oncle paternel, Reshad Uteem.

Quel meilleur hommage puis-je rendre au regretté docteur que de relater deux évènements qui m’ont marqué. Qui me resteront pour toujours. Durant la campagne électorale de 2005, Dr Oomar, candidat à la circonscription No 2, faisait du porte-à-porte en compagnie de ses colistiers. Il est à la rue St James. Il me dit qu’il veut  rendre visite à mon épouse, Zubeida, malade et physiquement handicapé. En compagnie d’Abdullah Hossen, en toute simplicité, très à l’aise, il s’assit auprès de la malade, lui tenant la main :

- Kala, Alhamdoulillah, mo trouve ou figir bien zoli. Oui, ou pa kapav marsé. Ou la main lourde. Doucement, doucement, li pou refaire. Nou fer doahs. Mo conne ou pas pou kapav vine voter. Fer doahs ki tou passe bien.

Larmes aux yeux, Zubeida lui caressa la tête et lui donna l’accolade. Depuis, on a gardé contact. Au téléphone. A la mosquée. En chemin. Souvent, il est à Port-Louis car il a ouvert un cabinet de consultation gratuite à Vallée Pitot. Il s’occupe des malades, beaucoup plus des vieux. Il leur donne des médicaments.

- Bhai Ismaël, Allah fine donne moi tou seki ène humain bizin. Bon parents. Ene madame très très compréhensible. Sirtout ki mo bizin travay odd hours. Deux zenfants adorables. Mo tipti, Rayhan. Sa mo trésor. Astère li bon ki mo fer un peu travay social ki mo papa ek dimoune couma ou fine fer et pé continué fer malgré zotte l’âge.

J’essaie de me défendre pour lui dire qu’on ne fait presque rien comparativement aux autres.

- Non, Bhai Ismaël, papa boucou fois coze ou avec moi. Zotte fine travay lor terrain ensam pendan bien bien lontan. Ou conné, papa fine montré moi ène photo à cote ena ou avec li et lezotte jeunes au jardin de Réduit. Ti dan lepok zotte activité de jeunesse.

A chaque rencontre, Dr Oomar avait quelque chose à me raconter, quelque chose à me demander. Un coup de fil. Pour chercher une opinion, pour lui faire une suggestion. Il tenait beaucoup à cœur son programme de consultant médical à Madagascar. Il faut faire quelque chose. Là-bas, c’est émouvant. La pauvreté. La maladie. Manque d’infrastructures. Manque de matériels médicaux. Manque de médicaments. Il se déplaçait assez régulièrement sur Madagascar.

Jeudi 24 août 2006. Je suis sur la table d’opération à la clinique Darné. Le Dr Osman Timol s’occupe de l’anesthésie. Dr Doolub est là, vint le Dr Oomar Uteem. Il m’explique ce qu’il va faire. Rien de grave. «Lire daroud, Bhai Ismaël. Pa pense narien… » Le temps de réfléchir, de comprendre, de réagir. Voilà que le cardiologue revient vers moi.

- Bhai Ismaël, fini. Tou correk. Tou ine bien passé. Alham Do Lillah. Astère ou pou korek. Ou pou viv boucou boucou lontan.

Je réfléchis alors. « Abé, ki fine arrivé. Ki fine passé… » Je devais demander tout cela au cardiologue. Il revient sur ses pas. « Bhai Ismaël, si Allah oulé bien sur… ». Il partit.

Il est venu me voir en chambre 20 le vendredi 25 août. Là, on a parlé. Longuement. Presque deux heures et demie. C’est beaucoup. Surtout pour un médecin. Un cardiologue surtout. Je lui disais qu’il devait avoir des patients qui l’attendaient.

- Non, Bhai Ismaël. Pa tracassé. Mo finne organise mo banne consultation gramatin. Coume ça mo capav vine guette ou. Paski ène loccasion pou moi pou capave converser tranquillement.....

Oui, ce fut une conversation à bâtons rompus. Autour d’une tasse de thé. Rompue de temps à autre afin de répondre à son portable.

- Ça portable là Bhai Ismaël, ene poison ça. Li rane boucou boucou service. Mais parfois dimoune fer abus.

Croyez-moi, c’est un autre homme que j’avais devant moi. Pas le cardiologue. Pas un professionnel. Un homme. En toute simplicité. Cherchant à mener une vie très terre à terre. Des mots bien placés pour me décrire ma santé, ma maladie, le traitement médical et l’avenir.

- Bien sûr, Bhai Ismaël, ou «fit» astère. Ou bien jovial. Ou paraître bien en forme. Continuer amène ou la vie normalement. Fer ou banne activités. Occupe ça banne frères, sœurs misilmans ki souffert trop boucoup. Nou bizin soulage zotte souffrance. Nou bizin explik zotte couma et ki bizin mangé, couma capave évite gagne malade le cœur. Bhai Ismaël, nou bizin faire plan pou ki ça banne dimoune ki reste lo state land Vallée Pitôt compren ki lédikation zenfants bien bien importan… 

Divers sujets de conversation touchant le social, la culture et bien sûr la politique.

- Mone séyé ene fois. Ene defaite pa védire narien. Mo pensé ki mo bizin litté. Si Allah oulé, mo capave gagne loccasion servi mo pei, mo communauté. Soulage souffranse banne ki viv dans la pauvreté.

Mémorable ce tête-à-tête. Par la suite, on n’a pas eu l’occasion de se rencontrer. Mais on se parlait souvent au téléphone. Il m’avait annoncé d’un petit congé de détente qu’il comptait prendre en compagnie de sa famille à Singapore. Il m’avait annoncé ce grand projet d’investissements dans un équipement de pointe en matière de cardiologie, un scanner qui permet des images de haute définition.

Certes, il y a des sujets inachevés. Ce projet de lancer un livret de santé pour les étudiants des madrassas de Vallée Pitôt. L’autre projet de servir un repas chaud aux petits des maternelles de la même région. Malheureusement, le Dr Omar est parti. Pour toujours. Inachevés ces quelques plans dont il m’avait fait mention. Comme peut-être tant d’autres projets. Resteront-ils inachevés ? Je ne crois pas car papa Farouk, surtout, en collaboration avec d’autres membres de la famille devrait y réfléchir. Et relancer les travaux.

La vie continue. Pour Omar. Pas ici dans ce bas monde. Mais dans l’au-delà où la vraie vie commence. Avec ces multiples bonnes actions que le défunt a réalisées ici-bas, Le Créateur devrait lui accorder une place de choix au Jannat ul Firdaus. Nos doahs sont avec le défunt Omar comme avec tous les disparus.

La vie continue ici-bas pour papa Farouk, pour Nadeera, l’épouse du défunt et ses enfants. Ces enfants, Shadia, 12 ans, Rayhan 7 ans devront continuer à vivre sous la protection maternelle. Un défi pour la maman qui devra être chaudement encadrée par Farook, Zohra Ben, Mohammad, le beau-frère, Reshad, Dilshaad et les autres membres de la famille Uteem. Certes, la famille Toorabally devra être également dans ce groupe familial à entourer Nadeera et ses enfants.

Oomar parti après dix huit années de vie conjugale avec Nadeera, celle-ci doit assumer le rôle des parents au complet. Grandir, éduquer, instruire Shadia et Rayhan. Faire de Rayhan un Omar No 2 en cardiologie (Insha Allah) afin de continuer le noble travail de «papa chéri».

A notre confrère Le Defi Plus, la maman et les deux enfants ont rendu un hommage vibrant au défunt Oomar, Oom pour la famille. Au STAR, nous nous permettons d’exprimer à notre façon à la grande famille Uteem et les autres parents nos sympathies pour cette perte.

Inna Lillahé Wa Inna Ilaïhe Raajeoun.

A Farook

Farook, mo adresse moi direct ar toi. Toi papa Oomar.

Oom pou zotte tou dan to la case. Au musjid Riche Terre, kan nou ti joine, dan éne sel lelan nou fine prononce mêmes mots : « Ki fine arrivé ? »

Oui, ki fine arrivé, Allah tou Seul connaît. Suffit pou montrer encore ène fois lor milliers ek milliers lexempe ki nou dimoune nou pas vaut narien, nou pa conne narien.

Nou lamitié de très longue date permetmoi dire toi ki ça «Sabar» ki to pé éna et ki to pou continué éna après ça choc ki to fine gagner – ça même to la force pou donne tou ça ki to dé ti zenfants Shadia ek Rayhan bizin pou zotte grandi. Ensem avec Zohra Ben, to garçon Mohammad, to belle fille Nadeera sirtou ek les autres parents, li to devoir sacré prepare zotte pou vine banne adultes digne de la ligne des Uteem. Insha Allah, en Rayhan nou capave trouve ène lot Oom pou continué ça bon travail ki li ti pé fer.

A traver toi, Farook, mo sympathise avec toute la famille. Allah Taala pou donne zotte tou la force, patience, sabar pou affronte la vie et pou viv pou Shadia ek Rayhan sirtou. Un mot spécial pour l’épouse de Oom: c’est un défi ki li pou éna face à la vie. Garde confiance en Allah.

Quant à Oom, li fine allé. Mais nou éna confiance li Le Créateur fine reserve ène place de choix pour Marhoum Oomar au Jannat ul Firdaus (Amin).

 

Bhai

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